Tous les articles par Emilie C. Guyot

A propos Emilie C. Guyot

Auteure de fantastique

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Du 28 au 31 octobre, recevez en mĂȘme temps La ForĂȘt des Livres, le tome 1 du Fil des Pages, et 1883 Express d’Orient, le premier volet des aventures de Quatresous et les AlterĂŻ.

Parcourez des villes imaginaires dans l’espoir d’empĂȘcher les livres de s’effacer. Laissez-vous emporter dans une enquĂȘte menĂ©e Ă  tambour battant à bord d’un train mythique…

(formats disponibles : epub et mobi)

1883 Express d’Orient de E.C Guyot

Merci pour cette chronique fabuleuse de 1883 Express d’Orient! 🙂

51AE0JXKDFL._SY346_.jpgRĂ©sumé : Octobre 1883. Quatresous s’embarque Ă  bord de l’Express d’Orient, le tout nouveau train de grand luxe, tout juste inaugurĂ© par la Compagnie des Wagons-lits. Sa mission est aussi claire qu’elle est saugrenue : faire faire demi-tour aussi vite que possible Ă  son employeur Monsieur Desmilliers et rĂ©cupĂ©rer l’argent des billets, car les finances de la famille en dĂ©pendent. Mais Ă  bord du train un passager dĂ©cĂšde, tout le monde a un secret, des murmures d’esprits et de monstres hantent les couloirs, et une menace rĂŽde
 Et qui sont ces voyageurs mystĂ©rieux, dans les compartiments du wagon de tĂȘte ? Pour Quatresous, un voyage vers l’inconnu va commencer dĂšs le quai de la gare


~ Service presse 📖 ~

Je remercie E.C Guyot pour l’envoi de son roman qui me faisait extrĂȘmement envie. En effet, j’ai craquĂ©, complĂštement, pour la couverture de ce roman. Folle du roman d’Agatha Christie, je voulais retrouver


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1883 Express d’Orient : Chapitre 3

III. 28 octobre, Paris, Gare de l’Est. DĂ©part 19h30.

À 7 heures 20 du soir, je me tenais sur le quai de la Gare de l’Est, mal Ă  l’aise dans l’ancien habit noir de Monsieur, avec ses gants, usĂ©s et trop larges, et son chapeau haut-de-forme Ă©limĂ© qui glissait sans cesse sur mes cheveux trop courts.

Je venais Ă  peine de quitter les rues familiĂšres de Paris sous leur ciel brumeux d’octobre. Devant moi, dans un brouhaha assourdissant, une foule de gens se pressait, allait et venait, s’embrassait, se congratulait, se donnait de derniĂšres recommandations, se souhaitait bon voyage. C’Ă©tait un ballet Ă©tourdissant de tenues d’hiver toutes neuves : cols montants, plis bouffants sur les hanches, profusion de rubans, petites mĂšches bouclĂ©es s’Ă©chappant des chapeaux. Je ne reconnus aucun visage. Je ne voyais que des frous-frous.
— Ne reste pas dans le passage, empoté ! me dit Monsieur en s’engageant dans la mer de monde comme si la gare toute entiĂšre lui appartenait, fendant la foule en jouant des Ă©paules.
— Laissez passer, laissez passer !

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1883 Express d’Orient : les Whitlock

Une flopĂ©e de bonnets de paille, de dentelles, de chĂąles blancs et de mĂšches blondes, tous parĂ©s de fleurs, monta Ă  l’assaut de notre wagon. C’Ă©tait un vĂ©ritable jardin printanier, qui inondait de lumiĂšre la nuit grise de l’hiver approchant.
— Laisse-moi passer en premier, je suis l’aĂźnĂ©e !
— Tu n’es pas l’aĂźnĂ©e, tu es seulement la plus vieille parce que Pearl n’est pas là !
— Stop insulting me in French !
— Nous sommes en France, je t’insulte dans la langue appropriĂ©e ! Ce n’est pas de ma faute si tu es trop stupide pour comprendre.
— Cela suffit, dit une voix autoritaire. Vous passerez toutes les deux aprùs Ruby.
— Mother ! protesta l’aĂźnĂ©e.
Lady Jewel saisit le bras de son frĂšre.
— The time is wrong, dit-elle. I’m scared.
— Let’s run then ! cria Lord Jasper en partant en courant le long du quai.
Mais Lady Jewel ne fut pas assez rapide ; sa mÚre la saisit par le bras et la maintint fermement.
— Jasper ! cria la mùre. Come back here at once !
— Monte dans le train avec les filles, dit le pùre, je vais le chercher.

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1883 Express d’Orient : Dumont et Alfred

« DerriĂšre Monsieur, le serveur installait deux hommes. Le premier, de mon Ăąge peut-ĂȘtre, portait une moustache fine avec une barbe pointue sur le menton, les cheveux longs coiffĂ©s en arriĂšre. Son style impeccable bien qu’excentrique ne cachait pas ses traits tirĂ©s. La premiĂšre chose qu’il fit fut de commander plusieurs bouteilles de vin.

— DĂ©jà ? dit le jeune homme qui Ă©tait assis en face de lui.

Sa voix, aux inflexions si dĂ©licates, m’interpella. Il avait peut-ĂȘtre quinze, ou seize ans, et le visage d’un de ces dieux grecs dont on faisait des toiles en sĂ©rie.

— « DĂ©jà ? » me demandes-tu, mon si cher secrĂ©taire, alors que c’est « enfin » qu’il faudrait dire, Alfred. Je me sens bien trop sobre au seuil de cette soirĂ©e.

— Le mot « sobre » ne s’est pas appliquĂ© Ă  vous depuis si longtemps qu’il ne vous reconnaĂźtrait pas si vous le croisiez.

— Une magnifique rĂ©partie ! Note-la donc, je te prie, je pourrais l’utiliser. C’est bien pour cela que tu es payĂ©, n’est-ce pas ? »

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1883 Express d’Orient : Madame Niedermeier

« — Ooh, un auteur et un journaliste ! VoilĂ  qui est passionnant ! dĂ©clara une femme assise Ă  la table Ă  droite de celle de Dumont et qui roulait ses « r » de façon gutturale. J’ai l’impression d’ĂȘtre au thĂ©Ăątre ! Permettez-moi donc de me prĂ©senter Ă  mon tour : je suis Diana Niedermeier.

Elle avait une soixantaine d’annĂ©es, peut-ĂȘtre, avec une longue figure poudrĂ©e, une large bouche et des yeux qui disparaissaient sous d’Ă©paisses paupiĂšres. Elle m’Ă©voquait vaguement un cheval qu’on aurait enveloppĂ© dans une robe.

— Puisque nous sommes tous amis, annonça madame Niedermeier, je vais vous dire un secret. Voilà
 j’ai un don, dit-elle sur un ton solennel. Je suis un peu mĂ©dium. Lorsque je dis un peu… oh, inutile de cacher la vĂ©ritĂ©, n’est-ce pas ? Je suis mĂ©dium ! Je dois vivre avec, autant l’assumer !

— TrĂšs bien, trĂšs bien, dit Fontaine en riant. Alors, dites-moi ce qui m’attend pour ce voyage.

Elle retourna encore trois cartes : le Bateleur, le Diable, la Mort. 

— Je suis dĂ©solĂ©e ! dĂ©clara-t-elle. J’ai dĂ» mal mĂ©langer mon paquet.

Les cartes furent mélangées, battues, les esprits invoqués, les cartes retournées. Le Bateleur, le Diable, la Mort. Elle fit mélanger le paquet par son neveu, puis tira à nouveau trois cartes.

Le Bateleur, le Diable, la Mort. »

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1883 Express d’Orient : Monsieur

« — Mais enfin Ernest, disait Madame, vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ?!
Monsieur Ernest Desmilliers Ă©tait trapu, charnu, moustachu, Ă  l’allure dense et bourrue, ce qui donnait l’impression qu’il Ă©tait un cube auquel on aurait attachĂ© quatre membres Ă©pais. Sa tĂȘte Ă©tait tout aussi cubique, avec un nez court, une bouche lippue, un regard porcin.
— Ma chĂšre, ce train est la derniĂšre expression du luxe. Finis les compartiments oĂč les gens sont assis, serrĂ©s les uns sur les autres sur huit places oĂč on n’est confortable qu’Ă  condition d’ĂȘtre quatre. Ce sont des couchettes, des chambres personnelles ! Finies les courses dans les gares pour aller manger, il y a un wagon-restaurant ! Il y a des cabinets de toilette dans le train ! C’est un train de luxe, avec un service de luxe, pour des gens de luxe !
Les yeux de Monsieur brillaient d’excitation chaque fois qu’il prononçait le mot « luxe ». »

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1883 Express d’Orient : Fontaine

« Fontaine avait une trentaine d’annĂ©es, peut-ĂȘtre, un long nez Ă©troit et pointu, un menton en retrait, des yeux noirs, un teint hĂąlĂ©. Il tapotait le comptoir du bout des doigts, selon un rythme aussi irrĂ©gulier qu’irritant.

— Ah oui, ton travail de journaliste, bien au chaud en premiùre classe !

De sa place au milieu du restaurant, il scrutait les voyageurs avec une expression impatiente, comme s’il Ă©tait sur le point de partir en courant.

— Nous allons passer trois jours ensemble ! Je ne sais pas pour vous, mais je voyagerai seul Ă  partir de Vienne et s’il m’arrivait quelque chose, personne ne saurait qui je suis ! Sans compter tous ces monologues que je vais devoir faire, car je vais jusqu’Ă  Constantinople ! Je vous propose de faire une toute petite, minuscule entorse Ă  la biensĂ©ance, rien que pour cette fois, et de nous prĂ©senter nous-mĂȘme, afin de profiter ensemble du voyage. Vous ĂȘtes, bien sĂ»r, libres de m’ignorer. Mais voilà : je suis Charles Fontaine et je suis ravi de me trouver parmi vous ce soir. »

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1883 Express d’Orient : Mademoiselle Melusine

« — Essayeriez-vous de vous enfuir ?
Je me retournai pour trouver la jeune fille en train de m’observer. Sous son chapeau de velours, elle avait un visage de poupĂ©e : pĂąle et lisse, avec une petite bouche, des yeux aux cils presque transparents, des sourcils trĂšs fins. J’avais du mal Ă  dĂ©chiffrer son expression tant elle Ă©tait neutre et retenue.
— Non, mentis-je.
— Dommage. J’aurais demandĂ© Ă  vous accompagner. SuppliĂ©, peut-ĂȘtre. SuggĂ©rĂ© que je pouvais vous payer, en tout cas.
— Vraiment ? dis-je en essayant de dĂ©terminer Ă  quelle point elle Ă©tait sĂ©rieuse. Combien 
?
— Monsieur Quatresous ? dit le conducteur. Que faites-vous par lĂ  ? C’est le wagon-restaurant, dit-il sur le ton trĂšs lent et articulĂ© de quelqu’un qui parle Ă  un enfant. Le wagon-lit est celui-ci.
— Je vais le guider, dit la jeune fille avant que mon choix ne fĂ»t fait.
— Vous ĂȘtes trop aimable, mademoiselle Schaefer, dit le conducteur. Merci infiniment. 
 »

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1883 Express d’Orient : Quatresous

« J’attendais dans le boulevard Haussmann, observant les environs, fumant une cigarette pour me donner une contenance. Les autres chauffeurs me lançaient parfois de drĂŽles de regards, comme s’ils savaient parfaitement que je jouais un rĂŽle, que je ne mĂ©ritais pas cette place. Je remontais alors un peu plus le col de ma veste, rentrais un peu plus la tĂȘte dans les Ă©paules, et abaissais un peu plus ma casquette sur mes yeux. Heureusement, je n’avais pas un physique hors du commun : une grande silhouette osseuse de pantin dĂ©sarticulĂ©, les cheveux d’un blond vague, les yeux bruns aux cernes presque aussi foncĂ©es, un long nez fin, les mains abĂźmĂ©es, la peau d’un teint plus proche du grisĂątre que du rose, les ongles souvent noirs. »

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