Orient-Express : le wagon-restaurant

Le wagon-restaurant de l’Orient-Express en 1883

(source image : La compagnie des Wagons-Lits, Histoire des véhicules ferroviaires de luxe, Gérard Coudert, Maurice Knepper et Pierre-Yves Toussinot, Ed. La vie du rail, 2009)

Lorsque j’ai commencé à rassembler des informations pour 1883 Express d’Orient, j’ai été confrontée à la difficulté d’évoquer un train qui avait été supplanté dans l’imaginaire collectif par une version plus récente, plus brillante, de lui-même. Il était impossible de décrire plus en détails ce qui faisait déjà du train de 1883 un véritable palais roulant dans le roman ; il fallait, avant tout, garder l’histoire en mouvement. Heureusement, sur le blog, je peux prendre un peu plus de temps.

(source image : La compagnie des Wagons-Lits, Histoire des véhicules ferroviaires de luxe, Gérard Coudert, Maurice Knepper et Pierre-Yves Toussinot, Ed. La vie du rail, 2009)

Deux livres relatent du voyage inaugural du 4 juin 1883 de l’Orient-Express : Une Course à Constantinople, de M. de Blowitz, et De Pontoise à Stamboul de Edmond About, tout deux publiés en 1884. En dehors d’un incident, un essieu en surchauffe qui obligea à changer de wagon-restaurant entre les gares d’Augsbourg et Munich, ils n’ont qu’éloges pour le restaurant et sa cuisine. Voici ce que M. de Blowitz a à dire sur le restaurant :

(source image : L’illustration, juin 1884 ; vue du restaurant depuis la cuisine)

« Le wagon-restaurant se compose de trois compartiments de grandeur inégale. Le premier, plus petit que le second, se transforme, en dehors des heures de repas, en un salon de société ou fumoir, avec divans autour, et tables tournant sur elle-même. Le second est un salon réservé aux dames, et le troisième est le restaurant proprement dit. Mais le premier et le second compartiment même, aux heures de repas, se transforment en restaurant, et les trois divisions réunies, quand les wagons sont au complet, peuvent contenir quarante voyageurs confortablement assis. (…) »

L’Express d’Orient avait déjà l’art des espaces transformables! Mais ce n’est rien devant la description des tables une fois dressées…

« En avant des deux wagons et du fourgon, les rideaux coquettement relevés, le wagon-restaurant jette un éclat extraordinaire sur la scène tout entière. Les grands becs de gaz comprimé éclairent une véritable salle de festin. Toutes les tables du restaurant, deux par deux, se faisant face, celles de quatre couverts à droite, celles de deux couverts à gauche, sur sept rangées, sont dressées d’une façon somptueuse.

La blancheur des nappes et des serviettes fantastiques pliées avec un art coquet par les sommeliers du restaurant ; le scintillement transparent des cristaux ; les rubis du vin rouge ; les topazes du vin blanc ; le pur cristal de l’eau à travers les carafes, et les casques argentés des bouteilles de champagnes, jettent une note éblouissante sur la foule au dehors et au dedans, et donnent comme un démenti vivant à la tristesse des physionomies et regrets invraisemblables des partants. (…). »

(source image : La Nature, 1884 ; vue du restaurant depuis la cuisine)

« Le dîner, servi par quatre maîtres d’hôtel, se poursuit avec une régularité qu’on trouverait irréprochable sans le salon le mieux tenu. (…) Le menu est exquis, et ce qu’il faut ajouter, c’est que, pendant tout le voyage de Paris à Bucharest, les menus rivaliseront de variété et de délicatesse, bien que préparés dans l’espace microscopique de la cuisine qui se trouve à l’extrémité du restaurant. »

Dans cette cuisine « grande comme ma main », le moindre centimètre est utilisé. Les ustensiles sont suspendus jusqu’au plafond, les placards sont remplis à craquer, et tout est à portée de main du cuisinier qui est bien le seul à pouvoir entrer dans ce local magique…

J’ai également trouvé des références à du cuir de Cordoue sur les parois (pour le train de 1888) ainsi que des tapisseries des Gobelins, mais cela était peut-être plus tardif. Dans tous les cas, le restaurant est un symbole de l’Orient Express, la vitrine de sa splendeur, et un décor central pour les personnages de mon roman…

Fontaine (un des personnages en question) : ah, le restaurant, le splendide restaurant! Je suis certain que cette fois, vous n’y trouverez rien à redire!

Quatresous : …

Mademoiselle Melusine : … comment vous dire…?

Fontaine : … si?! 😮

Quatresous : vous saviez que les employés ne dormaient en fait pas dans les fourgons comme dans notre histoire, mais en fait dans des hamacs suspendus au-dessus des tables du restaurant?

Mademoiselle Melusine : c’est tellement peu hygiénique.

Quatresous : ni confortable.

Fontaine : vous êtes impossibles!!! 😵

Emilie C. Guyot est l’auteure de la Saga des Alterï, une série fantastique pleine de mystères, de créatures et d’aventures dans les années 1880. Commencez le voyage avec le Tome 1 sur Amazon 👈🚂🚃🚃🚃✨

(vous pouvez aussi le commander en librairie)

Orient-Express : les wagons-lits

Les Wagons-lits de l’Orient Express en 1883

(source image : La compagnie des Wagons-Lits, Histoire des véhicules ferroviaires de luxe, Gérard Coudert, Maurice Knepper et Pierre-Yves Toussinot, Ed. La vie du rail, 2009)

Si le wagon-restaurant est le lieu principal de rencontre pour mes personnages, les wagons-lits (aussi appelés « sleeping-cars ») sont le théâtre de scènes plus tranquilles, mais aussi de moments terrifiants.

Continuons donc notre visite de l’Express d’Orient en 1883 avec Edmond About et M. de Blowitz, deux auteurs qui ont relaté leur expérience dans le train de luxe, respectivement dans De Pontoise à Stamboul et Une Course à Constantinople, tout deux publiés en 1884.

Pour Edmond About, les wagons de la CIWL sont des « maisons roulantes, longues de dix-sept mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables pour le moins qu’un riche appartement de Paris ».

Les compartiments

Les wagons-lits en 1883 comportent 7 compartiments, avec des lits numérotés de 1 à 20.

Entre les compartiments 2 et 3, et les compartiments 5 et 6, il se trouve une porte communicante qui peut être verrouillée de chaque côté.

Edmond About décrit le compartiment :

« La chambre, nette et luisante comme un sou neuf, n’a pas reçu une seule couche de peinture, par l’excellente raison qu’elle est boisée de haut en bas. Le matelas et l’oreiller sont juste à point, ni trop mous, ni trop durs ; les draps, qu’on change tous les jours par un raffinement inconnu dans les maisons les plus riches, exhalent une fine odeur de lessive. »

(source de l’image : L’Illustration, 7 juin 1884)

On distingue sur les images la tablette centrale qui sert à poser des tasses, ou à écrire. La petite grille juste au-dessus de la fenêtre est une ventilation. Il y a également un filet tout en haut pour poser les bagages au-dessus des fenêtres.

L’ambiance la nuit est confortable, feutrée, et rassurant à la lumière d’une lampe à gaz qui « brillait discrètement à travers une épaisseur de soie verte. »

M. de Blowitz, lui, trouve que ces voitures sont « spacieuses et confortables. On s’y étend à son aise, même en ayant une taille beaucoup plus haute que la [s]ienne. Le bruit assourdi des roues, à travers les portes fermées et les rideaux tirés, arrive à peine comme une mélopée vague et monotone à l’oreille du dormeur, et lui sert de berceuse. »

Le cabinet de toilette

(source de l’image : L’Illustration, 7 juin 1884)

Les cabinets de toilette, à chaque bout de chaque wagon-lit, sont selon M. About « installés avec luxe, amplement pourvus de savon, d’eau chaude et d’eau fraîche, et maintenus dans un état d’irréprochable propreté par les valets de chambres. » Ils ont, néanmoins, le défaut de n’être que deux pour vingt personnes : « Nous sommes donc obligés, le matin, de nous attendre les uns les autres et quelques fois assez longtemps. » C’est tout de même une révolution pour le voyage ferroviaire : à l’époque les trains ne possèdent pas de cabinet du tout, et les voyageurs font la course sur les quais à chaque arrêt à la recherche des commodités dans les gares…

Eh bien, ça devait être bien confortable, tout de même… petit, mais confortable! Placer mes 39 voyageurs dans ces wagons était un peu compliqué (il fallait garder un oeil sur où se trouvait tout le monde) mais très amusant!

Emilie C. Guyot est une auteure de romans fantastiques et fantasy qui vous entraînent dans son imaginaire sans limite. Ne partez pas sans la nouvelle inédite offerte sur son site ! 👈🚂🚃🚃🚃✨

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑