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Chapitres 15 et 16 de 1883 Express d’Orient

 

Je tombai dans les ténèbres, loin des cris, du grondement des flammes et du tic-toc incessant, jusqu’à ce que tous les sons ne deviennent qu’une seule voix qui répétait un nom, le même nom, toujours le même…

… Quatresous ?
La lumière revint autour de moi. Des yeux bleus m’observaient avec inquiétude. Stephen Shepherd. Étais-je encore dans le rêve ?

 

Alliés ou ennemis ? Faites plus ample connaissance avec les voyageurs de 1883 Express d’Orient  sur Plumarum ! Je vous souhaite une excellente lecture! 🙂

1883 à bord de l’Express d’Orient : les Wagons Lits

Les Wagons-lits de l’Orient Express en 1883

 

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(source image : La compagnie des Wagons-Lits, Histoire des véhicules ferroviaires de luxe, Gérard Coudert, Maurice Knepper et Pierre-Yves Toussinot, Ed. La vie du rail, 2009)

 

Si le wagon-restaurant est le lieu principal de rencontre pour mes personnages, les wagons-lits sont le théâtre de scènes plus tranquilles, mais aussi de moments terrifiants.

Continuons donc notre visite de l’Express d’Orient en 1883 avec Edmond About et M. de Blowitz, deux auteurs qui ont relaté leur expérience dans le train de luxe, respectivement dans De Pontoise à Stamboul et Une Course à Constantinople, tout deux publiés en 1884.

Pour Edmond About, les wagons de la CIWL sont des « maisons roulantes, longues de dix-sept mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables pour le moins qu’un riche appartement de Paris ».

 

Les compartiments

Les wagons-lits en 1883 comportent 7 compartiments, avec des lits numérotés de 1 à 20.

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Entre les compartiments 2 et 3, et les compartiments 5 et 6, il se trouve une porte communicante qui peut être verrouillée de chaque côté.

Edmond About décrit le compartiment :

« La chambre, nette et luisante comme un sou neuf, n’a pas reçu une seule couche de peinture, par l’excellente raison qu’elle est boisée de haut en bas. Le matelas et l’oreiller sont juste à point, ni trop mous, ni trop durs ; les draps, qu’on change tous les jours par un raffinement inconnu dans les maisons les plus riches, exhalent une fine odeur de lessive. »

(source de l’image : L’Illustration, 7 juin 1884)

On distingue sur les images la tablette centrale qui sert à poser des tasses, ou à écrire. La petite grille juste au-dessus de la fenêtre est une ventilation. Il y a également un filet tout en haut pour poser les bagages au-dessus des fenêtres.

L’ambiance la nuit est confortable, feutrée, et rassurant à la lumière d’une lampe à gaz qui « brillait discrètement à travers une épaisseur de soie verte. »

M. de Blowitz, lui, trouve que ces voitures sont « spacieuses et confortables. On s’y étend à son aise, même en ayant une taille beaucoup plus haute que la [s]ienne. Le bruit assourdi des roues, à travers les portes fermées et les rideaux tirés, arrive à peine comme une mélopée vague et monotone à l’oreille du dormeur, et lui sert de berceuse. »

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(source image : La compagnie des Wagons-Lits, Histoire des véhicules ferroviaires de luxe, Gérard Coudert, Maurice Knepper et Pierre-Yves Toussinot, Ed. La vie du rail, 2009)

 

Le cabinet de toilette

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(source de l’image : L’Illustration, 7 juin 1884)

Les cabinets de toilette, à chaque bout de chaque wagon-lit, sont selon M. About « installés avec luxe, amplement pourvus de savon, d’eau chaude et d’eau fraîche, et maintenus dans un état d’irréprochable propreté par les valets de chambres. » Ils ont, néanmoins, le défaut de n’être que deux pour vingt personnes : « Nous sommes donc obligés, le matin, de nous attendre les uns les autres et quelques fois assez longtemps. » C’est tout de même une révolution pour le voyage ferroviaire : à l’époque les trains ne possèdent pas de cabinet du tout, et les voyageurs font la course sur les quais à chaque arrêt à la recherche des commodités dans les gares…

 

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Chapitre 14 de l’Express d’Orient!

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Une main hirsute d’où pointaient des griffes noires déchira le rideau. Deux yeux jaunes nous scrutaient, perdus au milieu d’un visage allongé qui prenait la forme d’un museau. Des crocs s’allongeaient, menaçants.

Je réalisai soudainement que nous avions obtenu la vérité… c’était l’un des loups…

 

Que vous aimiez les trains, la magie ou les loups-garous : le chapitre 14 est disponible sur Plumarum! Je vous souhaite une excellente lecture! 🙂

1883 à bord de l’Express d’Orient : Mademoiselle Melusine

Mademoiselle Melusine est un personnage très mystérieux qui a encore beaucoup à révéler, mais quelques indices dans le roman suggèrent déjà une partie de son histoire, à travers l’Histoire.

« — Le lieu de ma naissance se trouve peut-être aujourd’hui en Allemagne, dit-elle, mais je ne suis pas vraiment une Alter. »  (chapitre 9)

Melusine Schaefer est née le 31 octobre 1863 à Louperhouse en Moselle, alors un département de la Lorraine. Elle est la fille de Narcissa Roussault et Karl Schaefer. Elle a un grand frère, Tristram, qui a presque 4 ans de plus qu’elle. Appartenant à une famille d’Alterï sans être vraiment une Alter, Melusine grandit entre deux mondes.

En juillet 1870, le gouvernement français craint l’expansion de la Prusse et l’unification des royaumes allemands, qu’elle voit comme des menaces à sa puissance. La France déclare la guerre à la Prusse, mais la coalition allemande se mobilise plus rapidement. Les Prussiens annexent le nord-est du pays, progressent vers Paris, et finalement gagnent la guerre. Le 10 mai 1871, le traité de Francfort est signé, la France cédant officiellement une partie de l’Alsace et de la Lorraine au vainqueur. Renforcé par l’issue du conflit, l’Empire Allemand est formé.

« — La douane est à la frontière, à Avricourt plus exactement. Je devrais plutôt dire « aux Avricourts », puisque c’est cette gare que les Allemands ont coupé en deux, comme ça, sans remords. » (chapitre 6)

Les habitants d’Alsace et de Lorraine ont alors le choix : soit rester sur place et devenir allemands, soit fuir et s’installer en France. Après la disparition de son mari, Narcissa Schaefer choisit d’emmener ses deux enfants et de s’installer près de Paris, à St-Leu-Taverny, où elle a de la famille.

Néanmoins, les liens germaniques de la famille sont un obstacle à leur intégration. L’esprit anti-allemand qui règne en France après 1871 mène la vie dure aux Schaefer, et Narcissa, Tristram comme Melusine se referment sur eux-mêmes afin de trouver la force de supporter leur situation difficile. Pour Tristram, ce sera la musique. Pour Melusine, ce sera une fascination pour le monde médical et les morts violentes.

L’ascension fulgurante de Tristram en tant que jeune violoniste virtuose au début des années 1880 est un retour de chance inespéré pour Narcissa, qui retrouve enfin les cercles sociaux dont elle avait l’habitude. Les préoccupations plus macabres que sociales de Melusine, en revanche, créent une distance et une incompréhension entre la mère et la fille.

L’apparence générale de Mademoiselle Melusine m’a été inspirée par les tableaux de Jacques-Joseph Tissot (1836-1902), un peintre français installé à Londres sous le nom de James Tissot, en particulier Octobre 02 (1877) :

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(source de l’image : Wikipédia)

Chapitre 11 de l’Express d’Orient

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Le chapitre 11 de 1883 : à bord de l’Express d’Orient est disponible sur Plumarum ! En voici un petit avant-goût :

La porte derrière moi s’effondra, faisant place à une silhouette affreuse, squelettique, aux cheveux de feu et à la peau carbonisée. Je crus tout d’abord que c’était Madame, ou bien Mademoiselle Melusine, mais réalisai que les cheveux de la créature, qui se mélangeaient aux flammes, étaient roux. Ses yeux, seule partie intacte de son visage, étaient vieux, anciens, terriblement anciens…

David

La créature tendit le bras vers moi. Elle posa sa main sur mon épaule et j’explosai immédiatement en cendres avec elle.

Je vous souhaite une excellente lecture! 🙂

Le Fil des Pages : Tsyeloth

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Tsyeloth

La cité cosmopolite, mégalopole du désert où toutes les cultures, les religions et les langues se rencontrent. L’idée était de rappeler la tour de Babel, sans les points négatifs.

Les premières versions du texte comprenaient une très longue exposition sur l’origine de Tsyeloth. Lorsque j’ai appris à éditer un texte, tout cela est devenu superficiel, puisque cela ne servait pas du tout l’action. Voici le texte qui a été coupé :

Tsyeloth d’ailleurs était bâtie sur une aberration. Située tout à fait au sud de Garranha, elle se trouvait sur un terrain qui avait été il y avait bien longtemps une terre désertique. On n’y trouvait à cette époque que des rochers épars qui jaillissaient du sol, certains érigés comme des arbres de pierres, d’autres plats et posés en succession sur le sol comme s’ils s’étaient brisés et éparpillés en tombant. Les plaines herbeuses se terminaient bien plus au nord à cette époque, et aucun lac ni aucune rivière ne fournissait d’eau d’ici des kilomètres. On n’y trouvait pas la moindre oasis, et pas même les caravanes nomades des Shukmah, les créatures des sables, ne s’y aventuraient. De l’Ouest soufflaient des rafales de vents qui venaient de la steppe de Sürhe’st, et du sud-est s’insinuait le vent chaud et lourd du désert de Désert. Personne en pleine possession de ses moyens intellectuels n’aurait eu l’idée d’y installer le moindre campement. Et pourtant, c’est là que dans un recoin de terre sableuse, protégée des vents par la falaise de Jaal-Daar, Tsyeloth a émergé des entrailles de la terre.

Les grandes histoires commencent toujours par une coïncidence invraisemblable. Une caravane de Shukmah, dirigée par le Shaman Mvua Mtafiti, s’était égarée vers l’est, et s’était abritée d’une tempête au pied de Jaal-Daar. Ils étaient à court d’eau et bientôt privés de vivres, aussi leur Shaman entreprit la prière des cas désespérés, prière qui comportait beaucoup d’improvisations sur un thème central : taper en rythme de toutes ses forces sur tout ce qui lui tombait entre les mains (principalement des colliers en ossements qui donnaient des sonorités caverneuses contre la poitrine du Shaman), tout en poussant des cris de lamentation à faire fuir tous les animaux à la ronde (on ne savait jamais à quelle distance un dieu pouvait se trouver au moment où on avait besoin de lui aussi mieux valait miser sur le spectaculaire pour attirer son attention). Le dieu des Shukmah devait avoir fort heureusement une oreille qui traînait dans le coin, car bientôt le sol se mit à trembler sous les pieds du Shaman, puis sous les pieds de tous les autres membres de la caravane. Bien heureusement, même les non initiés à la communication avec les dieux eurent la présence d’esprit d’interpréter le message divin comme une injonction immédiate à s’éloigner en courant le plus vite qu’ils pouvaient. A peine eurent-ils le temps de se mettre à l’abri qu’un immense geyser d’eau explosa, projetant des torrents de boue aux alentours, ainsi que des rochers, et Svadilfari le Kaarnske du clan des Gravatt.

Cette rencontre entre deux peuples séparés par près de 6000 kms, dans un endroit stérile où personne ne s’aventurait jamais, était donc hautement improbable, et donc inévitable et prometteuse. Une fois la stupeur passée et tous les rochers retombés, les représentants diplomatiques involontaires des Shukmah et des Kaarnske, selon un protocole qui a perduré jusqu’à aujourd’hui, passèrent en revue toutes les stratégies envisageables avant de se mettre d’accord. Svadilfari tenta d’abord d’empêcher les Shukmah de se servir de son eau gratuitement, décision refusée à l’unanimité par les Shukmah, qui tentèrent de faire taire le Kaarnske à coups d’os de buffle soigneusement appliqués sur le crâne. Quelques coups de hache dans les pieds des Shukmah plus tard, ceux-ci décidèrent de proposer des babioles à Svadilfari en échange du précieux liquide. S’ensuivit une longue discussion sur les taux monétaires et la valeur des marchandises, mais le résultat fut accepté par les deux parties et le premier poste de commerce entre les Shukmah et les Kaarnske était né.

Sterna considérait que c’était la création de Tsyeloth par deux peuples si opposés qui en avait posé les bases politiques, car les Shukmah proclamaient toujours que c’était leur dieu qui avait fait jaillir l’eau dans le désert, alors que les Kaarnske assuraient fermement à tout le monde que c’était leur dieu qui avait provoqué les éboulements qui avaient conduit au détournement massif de la rivière souterraine. Cela instaura dès le début une certaine liberté de culte, permettant à tous les dieux susceptibles d’avoir contribué à la croissance de la cité d’installer librement leurs temples dans les rues. Pour être reconnue religion officielle de Tsyeloth, il suffisait de prouver que la divinité lui était bénéfique. La cité était gouvernée par un comité de représentants de tous les groupes considérant qu’ils avaient besoin d’être représentés à la tête de la ville, et dont le président était réélu tous les quatre ans (la date étant judicieusement choisie par l’ensemble du comité afin de s’assurer qu’aucun président n’aurait le temps de faire trop de dégâts pendant son mandat).

Si on me posait la question, son nom se prononcerait plus ou moins « t’saye-loss ».

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Autres écrits : le voyage

— Tu as tout ce qu’il te faut ? demanda la sœur ainée.
— Oui, oui, oui, répondit sa cadette en serrant son sac à main entre ses mains.
— Ne prends pas ce ton-là avec moi. Je ne voudrais pas que tu te retrouves là-bas et qu’il te manque quelque chose juste parce que tu n’as pas voulu que je te donne un bon conseil.
— Je sais, mais je suis sûre d’avoir tout ce qu’il me faut, merci.
— Bon, si tu es sûre. Tu as ton argent ?
— Oui, j’ai mon argent.
— Bon, bon. Tu as de quoi manger ?
— Je t’ai déjà dit, j’ai tout ce qu’il me faut. Et puis, c’est toi qui a préparé mon sac, non ?
— Oui c’est vrai, mais on ne sait jamais. Il faut toujours tout vérifier, au moins deux fois.
— Tu as tout vérifié six fois, je t’ai vue.
— Dis tout de suite que je suis une maniaque !
— Tu es maniaque. Tu as plein de manies.
— Ce n’est pas tous les jours que ma petite sœur fait un voyage important !
— Tu es juste dépitée de ne pas partir en premier.
— Pas dépitée… mais il y a des choses que j’aurais voulu traiter moi-même. Comme avec le cousin Pascal. Tu te souviens du cousin Pascal ?
— Si je me souviens du cousin Pascal ! On était à l’école ensemble !
— C’est un filou. Il est parti en nous laissant tout le travail à faire. Tu sais que je n’ai pas pu retrouver son fameux contrat de mariage ? J’ai retourné toute la maison, et rien, rien, rien !
— Je m’en souviens.
— Ah, celui-là, j’aurais voulu lui parler directement. Tu me diras, hein, si tu sais où il l’a mis ? C’est un papier important. Pas pour moi, pour les enfants. Si ce n’était que pour moi…
— Si je peux te contacter avant que tu viennes, bien sûr, je le ferais.
— Tu sais que je ne demanderais jamais rien pour moi !
— Non, je sais…
— Bon. Tu as à manger, c’est sûr ?
— Oui, oui.
— Oui, bon, excuse-moi. C’est parce que je ne vais pas pouvoir te donner de conseils pendant un moment, il faut que je le fasse tant que je le peux encore. Ah, n’oublie pas de saluer Thérèse, quand tu la verras.
— Thérèse ?
— Oui, tu sais. La voisine Thérèse, avec tous ses chats.
— Pourquoi j’irais parler à Thérèse ? On la détestait !
— Je sais, qui de sain d’esprit pourrait garder autant de chats chez elle ? Et elle nous a fait les nourrir assez souvent pour que je sache que ce n’était pas des chats, mais de vrais monstres. Dès qu’elle avait le dos tourné, hop, une horde de sauvage. C’est ça, les chats. C’est pour ça que je préfère les chiens.
— Alors, pourquoi veux-tu que je la salue ?
— Parce que ça se fait, entre voisins, figure-toi !
— Oh, bon. Si tu insistes.
— Fais-le, c’est tout. Et puis, ce sera un visage familier. Qu’est-ce que tu as à tordre tes mains comme ça?
— C’est l’attente. Je suis un peu anxieuse.
— Oui, moi aussi. Tu as tes pastilles ?
— Mes pastilles ?
— Oui, tes trucs, là… à la cannelle.
— Oui, oui, oui.
— Bon. Et les poupées, tu les as ?
— Tu les as mises dans la poche avant ?
— Oui, mais est-ce qu’elles y sont toujours ?
— Oui, oui, oui.
— Ouvre le sac, que je les vois. Ça va me rassurer, et ça va t’occuper les mains.
— Tiens, voilà.
— Oui, c’est bien. Arrête de triturer ce sac comme ça, il va tomber en morceaux.
— Je n’y peux rien, c’est le stress. C’est la première fois que je vais aussi loin, aussi.
— Si j’avais pu, je serais partie avec toi. Ça va être drôle, ici, sans toi…
— C’est toujours plus difficile pour ceux qui restent.
— Oui, oui.
— Tu vas pleurer ?
— Bien sûr que non !
— Tu vas pleurer.
— Idiote, tu sais bien que je vais pleurer. Je pleure toujours.
— Oui, oui. Moi aussi.
— Maintenant il faudra que je pleure pour nous deux, tant que tu ne seras plus avec moi. Tu es sûre que tu as l’argent ?
— J’en suis sûre.
— Tu le donnes au conducteur, c’est facile.
— Je sais, je sais.
— Ça m’embête que tu sois seule. Tu aurais dû prendre Oscar avec toi.
— Oh non, il est bien là ou il est.
— Ce chien ne fait que ce qu’il veut, de toutes façons. Il t’aurait tenu compagnie…
— Il m’aurait embrouillée. C’est bien comme ça.
— Si tu le dis…
— Oui, oui.
— Tu seras avec Claude, là-bas, ce sera bien.
— Oui, oui…
— Tu t’es toujours bien entendu avec lui.
— Oui, oui…
— Tu as du mal à garder les yeux ouverts, on dirait… tu as dormi, cette nuit ?
— Pas beaucoup. Trop de questions…
— Ah, oui, oui, forcément. Dis-donc, c’est déjà l’heure ?
— Je crois. Et je suis déjà fatiguée…
— Oh. Bon. Alors… fais un bon voyage.
— Merci…
— Contacte-moi si tu peux. Ça me rassurera un peu.
— Oui…
— Sinon, je partirais du principe que tout va bien de toutes façons. Et n’oublie pas le cousin Pascal.
— Non…
— Je te rejoindrais plus tard. A bientôt, petite sœur.
— Oui…
— C’est bien, dit la sœur ainée en regardant sa sœur cadette s’éloigner.

Elle attendit toute la nuit. Puis elle rabattit le drap, éteignit la lampe, et referma la porte derrière elle en quittant la pièce.

1883 : à bord de l’Express d’Orient

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Octobre 1883. Quatresous s’embarque à bord de l’Express d’Orient, le tout nouveau train de grand luxe, tout juste inauguré par la Compagnie des Wagons-lits. Sa mission est aussi claire qu’elle est saugrenue : faire faire demi-tour aussi vite que possible à son employeur Monsieur Desmilliers et récupérer l’argent des billets, car les finances de la famille en dépendent. Mais à bord du train, tout le monde a un secret, des histoires d’esprits et de monstres hantent les couloirs, et une menace rôde… Et qui sont ces passagers mystérieux, dans les compartiments du wagon de tête ? Pour Quatresous, un voyage vers l’inconnu va commencer dès le quai de la gare…

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